La revanche d'une ronde !

Publié le par Lone Ghazael

 

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En parcourant l’ouvrage « Osez l’amour des rondes »*, ma première réaction, primaire et archaïque je l’avoue honteusement, a été de m’insurger contre certains propos qui désignent la « maigre » que je suis.

 

Avec mes 52 kg toute mouillée, mon buste menu et mon petit 36/38 les années les plus fastes, je me suis sentie reléguée au camp des aigries, frigides, sèches qui ne mangent que de la salade et s’accordent un carré de chocolat les jours de fête. Rien de glamour en somme, aux antipodes de la sensualité et de ma définition de la féminité, de l’épanouissement et de la joie de vivre.

 

J’avais envie de dire à l’auteure que je n’avais pas choisi mon physique de poire et que mon fantasme à moi est plutôt du côté des courbes en sablier d’une italienne. Que malgré tout je me sentais féminine, que j’aime les bonnes choses et la bonne chair…..M’enfin, comment peut-elle parler ainsi de l’absence de mes kilos en trop ?!

 

C’est en grinçant des dents et en en sortant mes griffes, prête à lacérer ce que je considérais comme une injustice, que j’ai eu le déclic… !!! ET si j’étais en train de vivre ce que les rondes, les pulpeuses, les grosses et les obèses - oui, j’ose l’amour des mots tabous – vivaient au quotidien ? Les rondes n’ont pas besoin d’un ouvrage traitant de la maigreur pour se sentir attaquées et stigmatisées. C’est au quotidien et dans les situations les plus banales de la vie qu’on les renvoie à leur « différence ».

 

Mais quelle « différence » ? Si les femmes qui portent du 40 et plus représentent 50%* des Françaises, les rondes ne sont plus une minorité visible mais bien une majorité invisible, des média, des podiums, des références de leadership et de la scène,…

 

D’où nous vient ce malaise, cette ségrégation ? A quoi nous renvoie l’image des femmes (et des hommes) avec des « kilos en trop » ? J’emploie délibérément cette expression car elle sous entend qu’il y a une norme. Parlons-en de la norme, la femme française moyenne fait une soixantaine de kilos pour un mètre soixante* et s’habille en 42 soit un IMC (indice de masse corporelle) entre 23 et 24. Mais alors pourquoi, comme le souligne si bien l’auteur dans « Osez l’amour des rondes », les mannequins font 15 cm de plus et 10kg de moins*, soit un IMC de 16 ? Je précise qu’en dessous de 18, cela est considéré comme dangereux pour la santé, de même que d’avoir un IMC supérieur à 30.

 

Dans l’inconscient collectif, la maigreur renvoie à la maitrise de soi, à la volonté, voire un ascétisme religieux et spirituel (Carême, ramadan, les yogis et même le Christ …) alors que l’image inverse fait référence au premier péché capital : la gourmandise. Notre société imprégnée d’éducation judéo-crétine ne peut tolérer un tel symbole de débauche et de laisser-aller au plaisir, quel qu’il soit d’ailleurs. Totalement IMMORAL vous en convenez !!!!

 

Même le mobilier et l’architecture sont normés ; la taille des sièges, la largeur d’un couloir, d’une allée et ne sont pas étudiés pour les « gros » et je suis volontairement politiquement incorrecte… je prône l’insurrection contre l’état de diktat de la rationalisation de l’espace et des portions. Ne dit on pas « qui peut le plus, peut le moins » ?

 

Ne pas correspondre aux critères « du bonheur corporel christianisé » pousse 41 % des garçons et 63 % des filles de 11 à 20 ans** à vouloir changer de silhouette, les conduit à un vrai mal-être et pour les plus fragiles d’entre eux à la mort (suicide, anorexie, …).

 

Nous avons oublié l’essentiel, notre humilité face au hasard de la vie et de ses aléas. Il est prétentieux de croire que nous pouvons avoir la maîtrise pleine et entière de son corps. Il ne peut se plier à nos quatre volontés, à nos injonctions et encore moins à nos pleurs et piètres prières. On ne choisit pas notre apparence et d’ailleurs quelque soit le camp, on est rarement contente de ce que l’on a. On peut certes améliorer l’hérédité sans-gênes qui a fait son travail sans demander notre avis. On peut aussi tirer le meilleur et mettre en valeur ce que dame nature nous a offert de mieux. Mais exit les contorsions pour rentrer dans des moules qui ne nous conviennent pas.

 

Que nous fassions attention oui, que nous entretenions notre corps oui et re- oui car on en a qu’un pour la vie et il n’est ni repris ni échangé chez Darty. Mais arrêtons sa maltraitance et les régimes « du-con », optons pour l’acceptation de soi et tout ce qui remonte sa propre estime ; une paire de talons vertigineux font parfois très bien l’affaire.

 

Je connais des femmes taille XS déprimée et mal dans leur peau, et des femmes taille XXL on ne peut plus épanouies. L’inverse étant totalement vrai aussi. Les plus belles femmes sont celles qui s’assument, qui sourient à la vie, qui se sentent libres d’être unique avec ou sans bourrelets, brune ou rousse, grande ou petite, célibataire ou mariée, jeune ou vieille, … sans (trop) se poser de questions ! La beauté est, comme la musique, un cri qui vient de l’intérieur.

 

C’est plus facile à dire que de le vivre, oui je le reconnais et vous allez me rétorquer encore plus facile si je fais un poids sans démesures, je vous le concède aussi. Mais je refuse d’être « conne-descendante » pour autant et tiens à apporter quelques nuances de taille :

 

Il est dangereux de faire l’amalgame entre mince et anorexique comme de confondre une ronde et une obèse. Les cas extrêmes relèvent, à mon sens, d’une pathologie psychologique et/ou physiologique qu’il faut prendre en charge.

Les canons esthétiques sont plus une question de proportions que de volume.

Lutter contre la stigmatisation des gros (au même titre que toute autre discrimination) et attirer trop de sollicitude peut aussi conduire au statut de victimes et son cortège de revanchardes et chiennes de garde.

 

… attention à ce que j’appelle le syndrome (ou piège) de « la journée de la femme », mais j y reviendrais à l’occasion d’un prochain post.

 

(*) : « Osez l’amour des rondes », de Marlène Schiappa. Collection Osez tout savoir sur le sexe des éditions La Musardine

 

(**) : source psychologies.com

 

Cette chronique a été rédigée pour le compte d'Un Blog Nommé Désir (Vivolta)

Publié dans Vie de Femmes

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