Pourquoi elles nous "bottes" ?

Publié le par Lone Ghazael



bottes

La « botte », est un mot féminin à significations multiples. Il désigne à la fois un assemblage de végétaux, un tas de foin, un coup d’épée, une attaque vive et imprévue et enfin une chaussure haute enfermant le pied, le mollet voire le genou et la cuisse.

La botte a longtemps été un accessoire strictement masculin et simplement utilitaire ; on y glissait le pantalon pour protéger la toile de l’usure prématurée au contact de la selle de cheval. Seules quelques reines et rebelles qui montaient à califourchon s’autorisaient cette chaussure.

Les femmes astreintes à la bottines et à l’escarpin ne purent gouter aux joies de la botte qu’au début des années soixante. Il semblerait qu’il ait un lien entre la grande révolution sexuelle et la féminisation de cette chaussure à la forme emboîtante et évocatrice. Il s’agit là d’un véritable phénomène de société qui ne dit pas tout à fait son nom et qui va bien au-delà d’une mode persistante.


La botte me fait penser à cette blague misandre qui dit : peu importe ce que tu donnes à une femme, elle le rendra meilleur… Effectivement, encore un truc piqué aux mecs qui, non seulement est sorti de son rôle utilitaire et sans attrait (je pense en particulier aux bottes de pêche), mais a été déclinée en une multitude de formes, de talons, de lignes … La botte a envahit nos dressings en tant qu’accessoire sexy au point où qu’il en existe des modèles ne supportant même pas les intempéries, c’est dire !


Au-delà des tendances, cette chaussure a une place privilégiée dans l’inconscient sexuel collectif. Elle est source de beaucoup de fantasmes et de nourriture fétichistes. Mais d’où nous vient cette association d’idées ? Quelle est symbolique inavouée ? De quelles images de la masculinité se sont emparées les femmes ?


J’ai plusieurs théories la dessus :

 

  • Le jeu du contraste : un attribut masculin sur une femme la rend par opposition encore plus féminine, plus sexy à l’instar du pantalon qui sublime le fessier, de la cravate, du smoking et même de la fausse moustache dessinée qui donne un air mutin pour ne pas dire coquin à la jeune fille en fleur qui la porte.

 

  • A cela je rajouterai la symbolique : si la botte rend une femme plus sexy, c’est parce qu’elle en devient plus masculine, donc libre, plus affirmée, moins accessible. Une proie difficile qui se mérite ; le cavalier, chevauchant sa monture crinière au vent, est encore présent dans beaucoup d’inconscients. Dans sa version « officier » cette image est à l’origine de fantasmes fétichistes où lécher la botte devient l’experience ultime de la soumission.



Sans oublier ce qu’évoque une jambe de chair qui se glisse, enfermée dans la botte en cuir, comme dans un fourreau de seconde peau. Plus la botte est gainante, plus le cuir est fin et plus l’évocation est forte chez beaucoup d’hommes. Ne dit-on pas « proposer la botte à une femme » ? Expression élégante pour suggérer l’étreinte amoureuse.

Et puis une botte est une invitation. Plus elle monte, plus, tels les galets du petit Poucet, elle montre le chemin de l’interdit ; parcours de l’éternel originel. Ce n’est pas par hasard que la cuissarde est encore associée aux femmes légères dans l’esprit des biens pensants.

Il n y a finalement rien de plus virile qu’une botte et rien de plus sexy qu’une femme « virilisée ». D’ailleurs certaines apprécient de les garder pendant l’amour car cela s’avère être très excitant pour les deux. On en revient aux origines de cet accessoire polémique qui, souvenez-vous, ne servait qu’à monter en selle. La boucle est bouclée, CQFD ?

Et si vous regardez bien autour de vous, il y a des quartiers « familiaux » et tradi, où les femmes ne portent quasi jamais de bottes ou alors seulement en caoutchouc pour aller à la pèche aux moules…



Cette chronique a été rédigée pour le compte d'Un Blog Nommé Désir

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